Le Plan d'Épargne Retraite, instauré par la loi PACTE de 2019, a redistribué les cartes des enveloppes patrimoniales françaises. Là où l'assurance-vie régnait sans partage, le PER s'est imposé en quelques années comme une alternative crédible — au point qu'on en oublie parfois que les deux dispositifs ne se concurrencent pas vraiment. Ils répondent à des logiques fiscales différentes, à des horizons de sortie différents, à des profils de besoins différents. Le bon arbitrage n'est presque jamais l'un ou l'autre. C'est l'un et l'autre, dans des proportions à calibrer.
Cette chronique s'adresse particulièrement au cadre de 40 à 50 ans qui dispose d'une capacité d'épargne significative (au moins 10 000 € par an mobilisables hors livrets), qui se situe dans une tranche marginale d'imposition à 30 % ou plus, et qui souhaite optimiser à la fois sa fiscalité immédiate, la transmission de son patrimoine, et son revenu de retraite à venir. Quatre étapes pour y voir clair.
Étape 1 : déterminer votre tranche marginale d'imposition (TMI)
C'est la clé de l'arbitrage. Les versements sur un PER ouvrent droit à une déduction de votre revenu imposable, dans la limite annuelle de 10 % de vos revenus professionnels (avec un plafond de 35 194 € pour 2026). Cette déduction réduit votre impôt immédiat, mais en contrepartie, les sommes seront taxées à la sortie selon votre TMI à la retraite.
L'arbitrage de base est donc le suivant :
- Si votre TMI actuelle (en activité) est SUPÉRIEURE à votre TMI prévisionnelle à la retraite — le PER est financièrement avantageux. Vous économisez beaucoup d'impôt aujourd'hui, vous en payez moins demain. C'est le cas de la majorité des cadres en milieu de carrière.
- Si votre TMI actuelle est ÉGALE à votre TMI prévisionnelle à la retraite — l'avantage fiscal du PER se réduit au seul gain temporel (capitalisation sur la part d'impôt non payée aujourd'hui). Intéressant mais marginal.
- Si votre TMI actuelle est INFÉRIEURE à votre TMI prévisionnelle à la retraite — le PER devient défavorable. Concentrez-vous sur l'assurance-vie.
Pour la majorité des cadres de 45 ans en TMI à 30 ou 41 %, la TMI à la retraite redescend généralement de 11 à 19 points (selon le mode de calcul des pensions). Le PER présente alors un gain net entre 11 et 19 % du capital investi, capitalisé sur 15 à 20 ans.
L'optimisation patrimoniale ne consiste pas à ne jamais payer d'impôt. Elle consiste à payer ses impôts quand ils coûtent le moins.
Étape 2 : définir votre horizon de sortie
Le PER bloque votre épargne jusqu'à la retraite (sauf cas exceptionnels : décès du conjoint, invalidité, surendettement, achat de la résidence principale). C'est la contrepartie de l'avantage fiscal. L'assurance-vie reste, à l'inverse, disponible à tout moment, avec un simple frottement fiscal sur les retraits (qui devient négligeable après 8 ans de détention).
Cette différence est structurante. Si vous anticipez un besoin de capital avant la retraite (achat immobilier, financement des études des enfants, projet entrepreneurial), l'assurance-vie est l'instrument adapté. Si votre horizon est strictement retraite et que vous disposez par ailleurs d'une trésorerie suffisante, le PER peut accueillir une part significative de votre épargne nouvelle.
Le ratio cible recommandé
Pour un cadre de 45 ans en TMI à 30 %, disposant d'une capacité d'épargne annuelle de 15 000 €, notre rédaction recommande typiquement :
- 40 à 50 % en PER (soit 6 000 à 7 500 € par an) — pour maximiser la déduction fiscale immédiate.
- 40 à 50 % en assurance-vie multisupport (soit 6 000 à 7 500 € par an) — pour conserver une réserve disponible et préparer la transmission successorale.
- 10 % en placements alternatifs (or, immobilier locatif via SCPI, etc.) — pour diversifier hors des enveloppes financières.
Cabinet Saint-Honoré · Audit patrimonial PER & AV
Pour les cadres en milieu de carrière souhaitant calibrer précisément la répartition entre PER et assurance-vie, le Cabinet Saint-Honoré propose un audit patrimonial gratuit, fondé sur votre TMI actuelle, votre projection retraite et votre profil de risque. Conseil indépendant, sans rétrocession bancaire.
Étape 3 : arbitrer les modes de sortie du PER
À la retraite, le PER permet trois modes de sortie, qui ne sont pas équivalents fiscalement :
- Sortie en rente viagère — la rente est imposée selon le régime des pensions de retraite (avec abattement de 10 % et application de votre TMI). Avantage : sécurité du revenu jusqu'au décès. Inconvénient : aliénation totale du capital, qui ne se transmettra pas.
- Sortie en capital fractionné — chaque retrait est décomposé en deux parties : la fraction correspondant aux versements (taxée à votre TMI) et la fraction de plus-values (taxée au PFU à 30 %). Optimal pour étaler la fiscalité.
- Sortie en capital total — tout est sorti en une fois. À éviter pour les patrimoines significatifs, car la concentration fait grimper votre TMI sur l'année concernée.
Pour la grande majorité des cadres, la sortie en capital fractionné sur 5 à 10 ans est la meilleure stratégie. Elle préserve la disponibilité du capital tout en lissant la pression fiscale.
Étape 4 : ne jamais négliger la dimension transmission
C'est sur ce point que l'assurance-vie conserve un avantage écrasant sur le PER. Au décès du souscripteur :
- L'assurance-vie bénéficie de l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire désigné (pour les versements avant 70 ans), totalement exonéré de droits de succession. Pour un patrimoine de 600 000 € transmis à 3 enfants, l'économie peut atteindre 100 000 € par rapport au régime de droit commun.
- Le PER est intégré à l'actif successoral et taxé selon le barème des droits de succession classique (sauf en cas de transmission au conjoint, exonérée). L'avantage fiscal du PER ne se transmet pas.
Cette différence justifie à elle seule de conserver une part significative de l'épargne en assurance-vie, même pour les profils fortement imposés. Le PER est un outil d'optimisation fiscale de votre vivant. L'assurance-vie est un outil d'optimisation patrimoniale au-delà.
Conclusion : ni dogme ni recette miracle
L'arbitrage PER/assurance-vie est l'un de ceux qui méritent le plus une simulation chiffrée individuelle, fondée sur votre situation fiscale précise, votre horizon de retraite, votre patrimoine déjà constitué et votre situation familiale. Aucune règle universelle n'existe. Les commerciaux qui vous présentent l'un ou l'autre comme la solution évidente trahissent soit leur paresse intellectuelle, soit leur intérêt commercial.
Notre recommandation : faites établir une simulation patrimoniale par un CGP indépendant avant chaque versement annuel significatif. Le coût de cette consultation (200 à 500 € pour un dossier simple) est dérisoire par rapport aux montants en jeu sur la durée d'une vie active. Et n'oubliez jamais que ce qui n'est pas dépensé dans l'optimisation aujourd'hui sera payé en impôts demain.