Il faut, dans le métier qui est le mien, savoir résister à deux tentations symétriques. La première est celle du marchand qui ne voit jamais de raison de ne pas acheter : pour lui, tout repli est une aubaine, toute hausse une confirmation. La seconde est celle du commentateur pressé qui enterre une tendance de fond à chaque secousse : trois semaines de baisse, et voilà le cycle haussier déclaré mort. Le marché de l'or, qui traverse en ce mois de juin une phase de correction marquée après plusieurs mois de hausse spectaculaire, mérite mieux que ces deux réflexes. Il mérite ce que cette chronique s'efforce de pratiquer depuis le premier numéro de ce journal : du recul, des indicateurs de long terme, et un peu de mémoire.

Disons-le d'emblée, pour ne pas faire languir le lecteur : à notre sens, la correction actuelle ressemble davantage à une respiration qu'à un retournement. Mais cette conviction ne vaut que par les arguments qui la portent — et par l'honnêteté avec laquelle on expose aussi ce qui pourrait la contredire. Voici les uns et les autres.

L'indicateur qui ne ment pas : l'écart à la moyenne mobile de 36 mois

Parmi la forêt d'indicateurs techniques que les analystes font parler à leur convenance, il en est un que les investisseurs de long terme sur les métaux précieux suivent avec une attention particulière : l'écart entre le cours de l'or et sa moyenne mobile sur trente-six mois. Trois ans de cours lissés — assez long pour effacer le bruit des marchés, assez court pour épouser les grands cycles.

La logique de cet indicateur est élémentaire, et c'est précisément ce qui en fait la robustesse. Lorsque le cours s'éloigne excessivement de sa moyenne de long terme — disons de 40, 50, 60 % au-dessus —, l'histoire montre que le marché finit toujours par revenir vers des niveaux plus raisonnables avant de reprendre, le cas échéant, sa tendance de fond. Ce fut vrai au sommet de 1980, lorsque l'once, propulsée par le second choc pétrolier et la crise iranienne, s'était envolée à plus du double de sa moyenne triennale — avant deux décennies de purgatoire. Ce fut vrai en 2011, lorsque le pic à 1 920 dollars, nourri par la crise des dettes souveraines européennes, précéda une correction de près de 40 % étalée sur quatre ans. Ce fut vrai, en sens inverse, dans les phases où le cours était retombé sous sa moyenne de long terme : 2001, 2015 — deux des meilleurs points d'entrée de l'histoire moderne du métal.

Où en sommes-nous aujourd'hui ? Malgré la baisse récente, l'or reste largement au-dessus de sa moyenne mobile de trente-six mois. C'est une information à double tranchant, et il faut la donner ainsi. D'un côté, elle signifie que la tendance de fond demeure incontestablement haussière : un marché en retournement durable commence par casser sa moyenne de long terme, ce qui n'est pas le cas. De l'autre, elle signifie que la correction actuelle a encore de la marge avant de devenir une anomalie : évacuer les excès accumulés pendant des mois de hausse rapide peut prendre du temps, et passer par des niveaux sensiblement inférieurs aux cours actuels sans que rien, sur le plan de la tendance primaire, ne soit remis en cause.

Une correction qui ramène le cours vers sa moyenne de long terme n'est pas la négation d'un marché haussier. C'en est l'hygiène.

« Cash is King » : un marché en recherche de liquidités

Le deuxième élément d'explication n'est pas propre à l'or, et c'est important de le comprendre : il traverse tous les actifs en ce moment. Depuis plusieurs semaines, les marchés financiers montrent un besoin croissant de liquidités. Les investisseurs prennent leurs bénéfices sur les positions gagnantes — et l'or, après sa course de ces derniers mois, en faisait partie au premier chef — afin de reconstituer leurs poches de cash. Le phénomène est classique lorsque les marchés anticipent de nouvelles opportunités d'investissement, ou cherchent simplement à réduire temporairement leur exposition au risque. Le vieil adage anglo-saxon retrouve alors toute sa pertinence : Cash is King. Le cash redevient momentanément la priorité.

Nos lecteurs assidus reconnaîtront là un fil rouge de l'actualité de cette semaine. Mon confrère Kévin Papot décrivait hier, dans son analyse de la chute du Bitcoin sous les 60 000 dollars, le même mouvement de fond : des capitaux qui se retirent des actifs à risque, des volumes qui s'assèchent, une rotation massive vers le complexe de l'intelligence artificielle. Et notre directeur de la publication consacrait son éditorial de mercredi au satellite AI1 de SpaceX — dont l'introduction en bourse annoncée constitue précisément l'un des aimants à liquidités les plus puissants du moment. Une opération de cette ampleur, qui attirerait potentiellement des centaines de milliards de dollars, oblige mécaniquement de nombreux investisseurs institutionnels à arbitrer une partie de leurs positions existantes pour se ménager la capacité d'y souscrire. L'or, comme les autres actifs, n'échappe pas à ces mouvements de capitaux.

L'histoire offre ici un précédent instructif, que les détenteurs de métal feraient bien de méditer : l'automne 2008. Au plus fort de la crise financière, alors même que tous les arguments fondamentaux plaidaient pour l'or, le métal avait chuté d'environ 25 % en quelques semaines. Pourquoi ? Parce que les investisseurs pris dans la tourmente vendaient ce qu'ils pouvaient vendre — et l'or, actif liquide par excellence, servait de distributeur de billets. Ce qui suivit appartient à l'histoire : trois années de hausse quasi ininterrompue, jusqu'aux sommets de 2011. La leçon : une baisse de l'or provoquée par une recherche de liquidités, et non par une dégradation de ses fondamentaux, est historiquement l'une des configurations les plus favorables aux acheteurs patients.

Des supports techniques majeurs à surveiller

La baisse actuelle rapproche progressivement le métal jaune de zones techniques particulièrement importantes. Ces niveaux correspondent à des supports historiques — des paliers de cours sur lesquels les acheteurs se sont déjà manifestés en force par le passé, et où l'intérêt des investisseurs pourrait redevenir significatif. Sans entrer dans une géométrie de graphiques qui n'a pas sa place dans ces colonnes, retenons l'essentiel : plus le cours s'approche de ces zones, plus le rapport entre le risque résiduel et le potentiel de reprise s'améliore pour celui qui achète.

C'est ici qu'il faut renverser la psychologie ordinaire du marché. Pour l'investisseur de long terme, les périodes de correction sont souvent plus intéressantes que les périodes d'euphorie. Elles permettent de se positionner dans de meilleures conditions, d'accumuler progressivement — par tranches, sans chercher le point bas parfait que personne n'attrape jamais — lorsque le marché redevient plus raisonnable. L'histoire des métaux précieux est sans ambiguïté sur ce point : les plus belles positions se sont construites en 2001, en 2008, en 2015, dans l'indifférence ou la morosité générale. Jamais dans l'euphorie des records, lorsque l'or fait la une des journaux télévisés et que le voisin de palier demande comment en acheter.

Les plus belles opportunités naissent rarement lorsque tout le monde est optimiste.

Les fondamentaux de l'or restent solides

Au-delà des fluctuations de court terme — qui occupent les écrans mais ne construisent pas les patrimoines —, les facteurs qui soutiennent le marché de l'or restent largement présents. Passons-les en revue, car c'est sur eux, et non sur les soubresauts de la semaine, que repose toute thèse d'investissement digne de ce nom.

Aucun de ces cinq piliers n'a été entamé par la correction en cours. C'est toute la différence entre une baisse de prix et une dégradation de thèse — et c'est la distinction que l'investisseur sérieux doit toujours faire avant de prendre une décision sous le coup de l'émotion.

Conclusion : laisser l'émotion, garder l'analyse

La correction actuelle ne remet pas nécessairement en cause la tendance de fond de l'or. Elle ressemble davantage à une phase de respiration après une hausse exceptionnelle — le retour vers la moyenne qu'exige tôt ou tard tout marché qui s'est emballé. Les marchés sont aujourd'hui en quête de liquidités ; le cash est redevenu roi pour de nombreux investisseurs, et les grands rendez-vous à venir — l'introduction en bourse de SpaceX au premier rang — entretiennent ce mouvement. Mais à mesure que l'or se rapproche de ses zones de support importantes, de nouvelles opportunités pourraient émerger pour ceux qui conservent une vision de long terme.

Pour ma part, je continuerai de faire ce que cette maison fait depuis toujours : regarder l'écart à la moyenne de long terme plutôt que les titres des journaux, accumuler par tranches dans les phases de doute plutôt que dans les phases d'euphorie, et rappeler à ceux qui me font l'honneur de me lire que les meilleures décisions de marché se prennent lorsque l'émotion laisse place à l'analyse. Le reste est du bruit.

Une première version de cette analyse a été publiée par l'auteur sur la page de Maison Or et Bijoux. Elle est reprise et développée ici avec son accord pour les lecteurs du Journal des Investisseurs.